Lecture

 

NiVEAU collège

  
ZENATTI, Valérie. - Quand j'étais soldate . - L'école des loisirs, 2002. - Bayard, 2002. - Albin Michel, 2002. - ill. ; 19 cm. - ( Médium ). 11 €

Valérie est française, juive. Elle vit en Israël depuis plusieurs années. En adoptant la nationalité du pays, elle soit assumer les obligations militaires. Comme toutes les jeunes filles du pays, à dix-huit ans elle est enrôlée dans l'armée pour un service deux ans. Elle est la première à quitter ses amis et en éprouve mélancolie et tristesse d'autant que le régiment est loin de la ville où elle habite et il lui faut quatre heures de bus pour y revenir et ce, juste pour un tout petit week-end tous les quinze jours. Peu à peu le fossé qui la sépare de ses amis, de leurs préoccupations , se creuse. A l'armée elle connaît d'autres adolescentes dont une avec qui elle sympathise mais dont elle sera très vite séparée. Brillante élève, elle cumule les meilleurs notes jusqu’au jour où elle échoue à un des devoirs. Suprême humiliation, elle est punie et privée de permission. Cette épreuve, Valérie la vit comme la pire des injustices et fait une mystérieuse crise qui la conduit aux urgences à l'hôpital. Passée la brève convalescence, un psychiatre à qui elle se confie va lui permettre d'accepter les lois militaires, quelles qu'elles soient. Mutée à quelques kilomètres de Jérusalem où réside Jean-David qui l'a quittée et dont elle est encore amoureuse, elle va le retrouver tout en sachant qu'il faut faire le deuil de cet amour. Le temps passe, la jeune fille grimpe échelons et grades et termine son service dans les services secrets avec de grandes responsabilités. Faute de pouvoir retourner à Jérusalem elle se rend sur la côte lors d'une permission et retrouve un ami homosexuel avec qui elle partage sa passion pour la lecture. Les obligations militaires se terminent le 2 août 1990 avec l'invasion du Koweit.       

Un très beau livre sans doute autobiographique, sensible et respectueux des idéologies des deux camps adverses. Valérie obéit certes, consciencieusement elle exécute les ordres mais toujours elle se pose les mêmes questions sur le conflit israélo-palestinien, elle ne comprend pas la position politique de son pays mais le défend, tout au moins pour ces deux années militaires.
ARMEE / ISRAEL / LECTURE

    

   

  

NiVEAU lycée

  

PEJU, Pierre. – La petite Chartreuse. –Gallimard, 2003. – 179p.

Vollard le libraire n’a pas pu éviter la petite fille qui traversait la rue sans regarder, lorsqu’il a croisé son regard épouvanté contre son pare-brise, il a su que cette image le bouleverserait à tout jamais et que la vie n’aurait plus, ni le même parcours, ni le même sens. Les gendarmes, les témoins ont beau répéter qu’il n’y ait pour rien, que ce n’est pas de sa faute, Vollard sait que, responsable ou pas, c’est lui qui l’a heurtée et qu’il ne s’en remettra pas. Incapable de retourner chez lui, il va marcher, errer même, dans la montagne, la Chartreuse. Au petit matin ses pas le guident inexorablement vers l’hôpital où la fillette est en soins intensifs. Là il va croiser sa mère, une femme étrange qui ne parvient pas, pour d’obscure raisons, à rester auprès de son enfant. C’est Vollard, qu’on prend d’ailleurs pour son papa, qui va veiller la fillette, lui parler inlassablement, comme le conseille le corps médical, afin de stimuler les émotions, voire les souvenirs. La mémoire du libraire est prodigieuse et puisqu’il ne connaît pas l’enfant, il va lui réciter des passages entiers d’œuvres littéraires, de contes jusqu’à ce qu’elle réagisse. Trame de fond du roman : l’accident, la rencontre entre cette force de la nature et la petite dont la vie ne tient qu’à un fil, ne sont que des prétextes pour réfléchir, se décharger du futile pour ne garder que l’essentiel. L’attachement pour l’enfant tient aussi dans tout ce que ce petit corps meurtri, fragile, inexistant presque, engendre dans le cœur et dans l’esprit du libraire. Lui qui n’a vécu que pour et par la littérature, va peu à peu, se soustraire à son emprise.

Récit à plusieurs voix, celle de Vollard, celle de la mère, celle aussi d’un homme qui se souvient de l’élève qu’était Vollard, de son parcours singulièrement solitaire en compagnie des livres. Un très beau roman.

(Prix du Livre Inter 2003)